[French] Comment j’ai quitté l’actuariat pour créer des bijoux haut de gamme

[French] Comment j’ai quitté l’actuariat pour créer des bijoux haut de gamme

March 12, 2018

Qu’est-ce qui peut bien pousser une actuaire à tout quitter pour concevoir des bijoux dans sa cuisine ?

J’ai trouvé la réponse dans mon enfance à Alma, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Petite, j’aimais beaucoup les arts plastiques. Ma grand-mère m’avait montré à coudre sur ses genoux. Il y avait aussi cet ami de mon père, enseignant en arts plastiques, qui venait les samedis à la maison nous montrer des techniques à mes amies et moi.

Le vendredi suivant, j’arrivais dans ma classe de troisième année avec tout le matériel nécessaire et mon enseignante me laissait reproduire l’activité devant mes camarades. J’ai développé une grande confiance en moi par rapport aux arts plastiques, parce que les gens appréciaient ce que je faisais.

En grandissant, le jour où j’ai parlé à mes parents, deux enseignants, de mes ambitions artistiques, ils m’ont dit : « Mélanie, viens t’asseoir, on va parler. » On a passé un soir à discuter des raisons pour lesquelles il fallait absolument aller à l’université. Après la soirée, je savais que j’allais y aller.

J’étais particulièrement douée en mathématiques et en physique. Quand j’ai décroché une bourse de l’Université du Québec à Chicoutimi, j’ai choisi de faire un baccalauréat en génie mécanique. Au moment de trouver un emploi en génie, par contre, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi. Je suis partie à l’Université Laval à Québec faire un autre bac, cette fois, en actuariat.

Pendant 15 ans, j’ai travaillé à Montréal dans le domaine de la finance. J’ai eu beaucoup de responsabilités, j’étais très organisée et très cartésienne. Pourtant, je n’avais pas la passion de la finance. Pas d’étincelle. Ce n’était pas ma vocation.

Quand l’harmonie au sein des équipes au bureau s’est dissipée, j’ai eu envie de me lancer en affaires. Je savais qu’il y aurait un lien avec les arts, mais je ne savais pas encore lequel. J’ai donné ma démission, rencontré un spécialiste d’image de marque et commencé un cours d’entrepreneuriat.

LA DÉCOUVERTE DES PIERRES

Et puis, il y a eu ce déclic. Je me souviens de la date, le 8 janvier 2015. J’étais assise dans mon salon, l’ordinateur sur mes genoux, et j’ai vu des rangs de pierres fines sur l’internet. Je ne saurais comment l’expliquer, mais j’ai été attirée par elles. Par leur beauté. Leur mystère. Je me suis dit : « Je vais faire des bijoux avec ça ! »

Au début, je ne connaissais même pas leurs noms ! Je me suis autofinancée et j’ai tout appris. J’ai sacrifié une carrière bien rémunérée pour écouter mon cœur.

Je crée moi-même les bracelets. C’est mon produit fétiche. Je m’installe dans ma cuisine et je traite chaque pierre fine avec un grand soin. J’y mets tout mon cœur et mon âme. Je veux que le bijou soit parfait.

Les colliers sont montés par une joaillière de Montréal selon mon design. Je voue un si grand respect à mes pierres et à mes perles haut de gamme que tous mes bijoux sont garantis à vie. S’il y a un bris, je remonte le bijou.

Pour les pierres, je fais affaire avec une gemmologue qui voyage à travers le monde. Lorsqu’elle en voit qui sont susceptibles de m’intéresser, elle m’envoie une photo et je les choisis en direct. J’ai aussi plusieurs autres fournisseurs à Montréal.

Mon but, c’est de rajeunir l’image de la perle. Je veux la rendre passe-partout. Je veux la rendre urbaine et moderne.

Mes clientes sont des professionnelles. Plusieurs viennent du monde de la finance. Les parutions de Melanie Stones dans le Vogue et le GQ britannique ont créé un « buzz ». Maintenant, les hommes du Royaume-Uni me commandent régulièrement des bracelets et je fais des créations sur mesure.

En 2017, mon chiffre d’affaires s’est élevé à 90 000 $. Le 1er septembre, j’ai pu commencer à me payer un salaire. Rien à voir avec mon ancienne carrière, mais je brille par l’expression de ma passion.

PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE DUBÉ
LA PRESSE